Droits d’auteur : LES ARTISTES SE MOBILISENT CONTRE L’ANNULATION DU NOUVEAU DÉCRET

Ils ont organisé un meeting pour dire leur mécontentement et exprimer leur détermination à poursuivre la lutte afin de rentrer dans leurs droits

« Les droits des artistes sont inviolables ». Tel était le thème du meeting que la FEDAMA (Fédération des artistes du Mali) a organisé samedi dernier à la Pyramide du Souvenir de Bamako. Le meeting était présidé par M’Baye Boubacar Diarra, producteur et réalisateur, en présence de Kary Coulibaly, président de la Fedama, Babani Koné, artiste et musicienne, Oumar Mariko, député à l’Assemblée nationale et le représentant de l’UNTM, Issa Bengaly. Il y avait également plusieurs artistes de renommée internationales comme Djélimadi Tounkara, Tata Bambo, Samba Diallo, Sadio Nampé, Haira Arby.
Plus de cent artistes (musiciens, comédiens, peintres, photographes, écrivains) venus de toutes les régions du pays ont tenu à être présents à ce meeting pour réclamer et défendre leurs droits. Dans le grand hall de la Pyramide du Souvenir, ils ont dit non à l’annulation du décret relatif aux droits d’auteurs et redevances des artistes, signé en juin dernier et annulé par la Cour suprême, au début de ce mois de mars, suite à une plainte du patronat.
Les organisateurs du meeting voulaient informer les artistes sur les raisons de l’annulation du décret portant sur les droits d’auteurs. Le représentant de la Fedama, Modibo Diabaté, a rappelé que le décret annulé était le résultat de 4 années de travail. Il a aussi expliqué les motivations et les raisons qui ont poussé le ministère de la Culture de l’Artisanat et du Tourisme, le Bureau malien du droit d’auteur et les artistes à s’investir pour créer un cadre juridique en vue d’améliorer la condition de vie des créateurs. « Pourquoi les gens ne rentrent pas dans un jardin pour cueillir les légumes sans payer ? Pourquoi les artistes ne doivent-ils pas vivre de leur travail». Ce sont des questions qui ont été posées par le représentant de la FEDAMA.
Les droits d’auteurs et les droits voisins sont tenus de s’adapter aux exigences de la nouvelle technologie. Les téléphones portables sont les plus grands consommateurs des œuvres artistiques. Le décret demande aux opérateurs téléphoniques de payer 500 Fcfa par puce et par an. Les opérateurs téléphoniques ont jugé que ce coût est trop élevé pour leurs clients. Les artistes estiment que ce forfait est la juste rémunération de leurs efforts physiques et intellectuels.
Le nouveau texte devait remplacer la loi datant de 1982 et 1984 qui ne tient pas compte les évolutions technologiques. Cette loi est caduque car elle ne prend pas en compte non plus des droits voisins et l’utilisation des œuvres artistiques par les nouveaux médias. Il fallait donc intégrer les nouvelles préoccupations des artistes en tenant compte des textes des pays de l’UEMOA dont notre pays est signataire.
Après la promulgation du nouveau décret, les artistes ont appris que le patronat a déposé une plainte contre l’Etat pour violation de la Constitution. La Cour suprême a donc annulé le décret. « C’est Orange et Malitel qui ont poussé le patronat à agir contre ce décret », a expliqué le représentant de la FEDAMA. « Nous allons lutter jusqu’au bout pour rentrer dans nos droits et la lutte est engagée contre les ennemis des artistes », a-t-il averti.
Le secrétaire général de la FEDAMA, Kary Coulibaly a abondé dans le même sens, en soutenant que les droits d’auteur n’est autre que la juste rémunération des artistes qui travaillent dans des conditions pénibles pour produire des œuvres. C’est la récompense des efforts physiques et intellectuels des créateurs qui est compromise. L’annulation de ce décret, signé par le président de la République, Ibrahim Boubacar Keita, plonge le monde des artistes dans un désespoir total. Les artistes maliens soufrent et ne savent plus à quel saint se vouer. Quatre années de travail viennent d’être annulées pour une raison qui n’est pas valable car les artistes ne demandent que leurs dus et non pas un cadeau.
« Quand il y a un problème, les artistes sont les premiers à soutenir l’Etat et nous sommes les derniers à réclamer nos droits », a affirmé Kary Coulibaly en rappelant que les artistes ont accompagné le pays pendant la période des crises, pendant les compétitions internationales sportives et même lors des grandes rencontres politiques.
« C’est rare de voir les artistes ensemble et c’est ce qui explique la gravité de ce problème », a souligné le producteur M’Baye Boubacar Diarra qui a rappelé que les cassettes et les CD ne sont plus vendus, car tout est téléchargeable désormais. C’est pourquoi, dira-t-il, les artistes vivent dans la plus grande souffrance. « Si la Constitution reconnaît la propriété intellectuelle en tant qu’œuvre pourquoi annuler ce décret ? », s’est-il interrogé.
Certains artistes sont partis dans les mines, car ils ne peuvent plus vivre du fruit de leur travail. Ils ont abandonné leur métier pour survivre, a déploré le producteur. Pour lui, l’annulation de ce décret n’est que le début d’un combat car les artistes ont attendu 5 années pour l’obtenir. Ils poursuivront leur lutte « main dans la main » pour combattre cette injustice. D’ailleurs, ils ont lancé un appel pour dire non à la décision de la Cour suprême.
La FEDAMA travaille de commun accord avec le BUMDA et le gouvernement l’a rassuré de son soutien pour la restauration des droits d’auteur. Le représentant de l’UNTM a pris l’engagement que la centrale syndicale fera de la défense des droits d’auteur une priorité.
Quant à Oumar Mariko, il a promis de soutenir les artistes qui, pour lui, sont les piliers de toute démocratie. Plusieurs artistes ont fait des propositions de solutions qui seront étudiées par la commission pour une décision ultérieure qui fera l’objet d’un communiqué. Au tout début de la rencontre, une minute de silence a été observée à la mémoire des artistes disparus.
A. SOW

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