Affaire du contrat de 69 milliards Fcfa pour l’achat d’équipements pour les forces armées: IBK a-t-il autorisé un marché de 69 milliards de gré à gré à « une » relation de Michel Tomi?

Dans une longue interview accordée à nos confrères de L’essor et publiée dans la livraison du mercredi 11 juin 2014 du quotidien national, Mme le Ministre de l’Économie et des Finances s’étonnait du constat suivant: “Nous pensons aujourd’hui que les tendances économiques sont bonnes. C’est la raison pour laquelle je trouve dommage qu’on ait des démêlés avec le Fonds monétaire international”.

Aujourd’hui, le voile se lève sur les vraies raisons de ces “démêlés” avec le Fmi. Ces raisons transparaissent dans les propos tenus récemment par le représentant du Fonds Monétaire International (Fmi) dans notre pays, M. Anton Op de Beke, dans les colonnes de nos confrères du journal français « Le Figaro », à propos du contrat de fourniture d’équipements pour les forces armées maliennes. “Nous nous posons aussi des questions sur la structure de ce contrat: pourquoi a-t-on besoin d’un intermédiaire?”

En effet, si c’est une société française qui a bénéficié du contrat de fourniture d’équipements à l’armée, il y aurait eu un intermédiaire malien. Des informations distillées çà et là tendent à faire croire que cet intermédiaire ne serait autre que le fils Kagnassy, le nommé Sidi Kagnassy, un conseiller du Président de la République. Ce que la Présidence de la République a fortement démenti.

L’autre question que le Fmi pose est : pourquoi un marché de gré à gré pour un montant aussi élevé? Justement, M. Anton Op de Beke souligne que: “Dans le code de marché public, l’article 8 permet aux autorités de ne pas respecter la réglementation pour certains achats qui exigeraient le secret. Notre opinion, c’est que cet article est utilisé très libéralement. Il n’est pas clair que l’achat d’un avion d’affaires, comme l’avion présidentiel, demande le secret qu’on lui a attribué. Même chose pour le contrat du Ministère de la Défense: la partie militaire est très faible, tout le reste concerne des équipements pour lesquels on peut tout à fait imaginer des marchés compétitifs au travers d’un appel d’offres.”

En récapitulant, l’on peut résumer le fond de la pensée du représentant du Fmi en deux points: pourquoi attribuer par gré à gré un marché de 69 millards de Fcfa qui n’est vraiment pas couvert par le “secret défense” et pourquoi avoir fait recours au service d’un intermédiaire?

Cette réflexion n’est pas gratuite, elle n’est pas le fruit du hasard. Et tout laisse croire que le « Fmi sait des choses » ou « croit savoir des choses ». En demandant un audit de ce marché de 69 milliards de Fcfa par le Bureau du Vérificateur Général, le Fmi s’attend à une confirmation de ce qu’il sait ou de ce qu’il a comme information.

LE MARCHÉ DE 69 MILLIARDS ET LE LIEN POSSIBLE AVEC L’AFFAIRE MICHEL TOMI

L’homme d’affaires français, Michel Tomi, qui entretiendrait des affaires pas propres avec le Président IBK, selon le journal français « Le Monde » et des enquêteurs français, vient d’être inculpé en France, le 20 juin 2014, pour une série d’infractions présumées: corruption d’agent public étranger; complicité de faux et d’usage de faux; abus de confiance; complicité et recel d’abus de biens sociaux; faux et usage de faux; travail dissimulé; obtention indue d’un document administratif.

En relation avec cette mise en examen de Michel Tomi, six (6) autres personnes ayant des liens avec l’homme d’affaires français ont également été mises en examen.

Il se trouve que deux (2) personnes parmi les six (6) mises en examen ont bénéficié de marchés publics au Mali. L’un a bénéficié d’un marché de sécurité et, l’autre, d’un marché de fourniture d’équipements militaires.

La question que les enquêteurs français, chargés de fouiller dans les relations entre Michel Tomi et le Président IBK, cherchent à répondre est de dire si les deux personnes parmi les six (6) mises en examen ont bénéficié de leurs marchés au Mali grâce à Michel Tomi, donc aux relations de celui-ci avec le Président IBK.

Les enquêteurs cherchent également à savoir si le français qui a bénéficié d’un marché de fourniture d’équipements militaires et qui est mis en examen pour ses liens avec Michel Tomi est le même qui a bénéficié du marché de gré à gré de 69 milliards de Fcfa que le Fmi juge “douteux” et exige l’audit.

Si le lien entre le marché de 69 milliards et les relations de Michel Tomi était établi, l’affaire serait d’une gravité extrême. Car elle signifierait que le Président IBK a couvert l’octroi d’un marché de gré à gré de 69 miliards de Fcfa à son ami Michel Tomi, à travers deux intermédiaires: coté Président IBK, par l’intermédiaire de Sidi Kagnassy, sous couverture d’une société-écran; coté Michel Tomi, par l’intermédiaire de la société du français qui a bénéficié d’un marché de fourniture d’équipements militaires et qui est mis en examen.

Est-ce le soupçon quant à l’existence de tels liens qui serait tombé dans les oreilles du Fmi, la présidente de cette institution étant française et la France y jouissant d’une influence certaine? Le Fmi serait-il autant informé que les enquêteurs français? L’affaire Michel Tomi et l’affaire du marché de 69 milliards Fcfa pour la fourniture d’équipements à l’armée sont-elles une seule et même affaire? Le Bureau du Vérificateur Général qui doit auditer le marché de 69 milliards va-t-il confirmer les soupçons dont le Fmi aurait été informé?

Baba SANGARÉ

Nouvel Horizon

Top