ECHOSTAR / Tata Bambo, une carrière au fil des cinquante ans du Mali

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tatabambocS’il y a une chanson qui a traversé le temps sans déplaire à aucune génération, c’est bien « Bambo ». Et, en cette année 2010, année du cinquantenaire, pourquoi ne pas faire une escale sur le parcours de Fatoumata Kouyaté dite Tata Bambo, son auteur, qui sans nul doute reste un témoin des cinquante ans de la musique malienne ?

 

En 1962, deux ans seulement après l’Indépendance, les Maliens allaient être émerveillés par un talent naissant. Avec à peine 12 ans, Fatoumata Kouyaté dite Tata Bambo, allait surprendre plus d’un en composant et interprétant avec beaucoup de talent « Bambo », une chanson qui fustige le mariage forcé. Dans la chanson, elle demandait en substance aux parents de se résoudre à admettre que le temps des mariages forcés est révolu. Et, que l’heure a sonné afin que les jeunes choisissent librement leurs conjoints.

Cette chanson allait pratiquement devenir l’hymne à la liberté accordée aux Maliennes de choisir leurs conjoints. Le Président Modibo Keita et son gouvernement venaient d’opérer une grande révolution par l’adoption du code de la famille et de la tutelle, qui n’est pas allé de main morte dans la prohibition du mariage forcé. Et, « Bambo », arrivé comme une campagne de sensibilisation, allait ouvrir la voie d’une gloire précoce pour Tata Bambo. Du coup Djéliba Kouyaté, père de Tata Bambo, assistait avec beaucoup de bonheur à la réalisation des prédictions que lui avait fait un érudit avant la naissance de sa fille. « Vous allez avoir une fille qui aura une grande popularité grâce à la chanson », avait révélé en substance l’érudit. L’érudit avait vu juste.

La première interprétation en public de « Bambo » par Fatoumata Kouyaté a eu lieu au cours d’un gala organisé par le président Modibo Keita, à l’occasion d’un sommet des chefs d’Etat à Bamako. Le succès fut total. L’assistance était restée médusée devant le savoir faire, la beauté vocale de la frêle adolescente. Selon des témoignages, la prestation fut tant inoubliable, que dès le lendemain, le président Modibo Keita a envoyé quelqu’un la chercher. « Il m’a remis une enveloppe d’argent, une vraie fortune à l’époque.

Sa femme, Mariam m’a donné une valise pleine d’habits de valeur inestimable. J’étais devenue une princesse adulée par le pouvoir et le peuple », se souvient encore Fatoumata Kouyaté, devenue entre temps Tata Bambo. Mais, il faut rappeler que Tata était allée à bonne école. Le vide laissé par sa mère Assétou Damba a été occupé par Assan Damba, l’autre épouse de son père qui a pris son encadrement en main.

 Sans trop de peine, la merveille est rapidement devenue la coqueluche des cérémonies sociales. En plus du giron familial, Tata Bambo a bénéficié de l’encadrement de feu Issa Falaba Traoré, qui selon elle, lui a toujours prodigué des bons conseils du genre : «  Il faut prendre la chanson au sérieux parce que je suis sûr qu’elle va t’apporter succès et bonheur ». Selon des témoignages, c’est le président Modibo Keita, personnellement, qui s’est impliqué pour l’intégration de Tata au sein de l’Ensemble Instrumental. Elle va écrire l’une des plus belles pages de cet ensemble, en compagnie des célébrités comme Amy Koita, Oumou Kouyaté, Dipa Kouyaté, Wandé Kouyaté, etc.

Après avoir sorti une cassette avec le groupe « korossè Koro », elle le quitte en 1978 pour mener une carrière solo qui lui permit de sillonner la planète. « La musique m’a conduit aux quatre coins du monde », déclare avec beaucoup de joie Tata Bambo. En 1984, elle sort « Aourou Bocoum », son premier album. Ensuite suivront une dizaine d’autres albums. En témoin de l’évolution de la musique malienne et en artiste confirmé, Tata Bambo partage allègrement les scènes, aujourd’hui, avec deux de ses filles : Assa Dramé et Fati Kouyaté.

Assane Koné

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