Recusation du juge karembé par la défense de sanogo : Le plus important, ce sont les faits

Transféré de Bamako à Sélinké, à environ 150 km de la capitale, où il est détenu depuis mi-mars, Amadou Haya Sanogo, qui s’était lancé dans une grève de la faim pour protester contre sa « déportation », n’a pas résisté longtemps. Oui, le général n’a pas pu résister à ces petits picotements caractéristiques dans le creux de son ventre, qui sont pourtant le lot quotidien de bien des enfants maliens qui peinent à avoir un repas par jour. Toute honte bue, il a vite fait de mettre fin à son mouvement pour adopter une autre stratégie : celle de contester l’impartialité du juge Karembé. En effet, sa défense demande officiellement son dessaisissement de l’affaire pour « conflit d’intérêts ».

C’EST À DES MANŒUVRES DE DIVERSION QUE SANOGO ET SES CONSEILS SE LIVRENT

Selon elle, pour s’être accoquiné avec leur client et bien d’autres militaires après le coup d’Etat qui a porté Sanogo au pouvoir, le juge Karembé est disqualifié pour instruire cette affaire. La défense voit là un conflit d’intérêts en ce sens qu’il y aurait une alliance avérée entre le magistrat et un autre inculpé dans le dossier. Cela empêche-t-il le magistrat de faire son travail ? D’ailleurs, pourquoi avoir attendu maintenant pour poser ce problème ? De prime abord, sans lui contester son droit, l’on pourrait penser que c’est à des manœuvres de diversion que Sanogo et ses conseils se livrent.

Mais si tel était le cas, ils auraient été très mal inspirés de s’aventurer sur ce chemin car, à l’étape actuelle où le dossier connaît des avancées notables, la question du dessaisissement du juge Karembé peut ressembler à une utopie. Car, à supposer que le juge Karembé en vienne à être dessaisi, quelles peuvent en être les conséquences sur l’avancée du dossier ? Faudrait-il recommencer tout le processus avec un nouveau magistrat au goût de la défense ? Qu’est-ce que cela impliquerait ? Qu’en penserait l’opinion malienne et quelle serait l’attitude des familles des victimes ?

Le Gouvernement malien est-il aujourd’hui prêt à noyer le poisson dans l’affaire Sanogo ? Pas si sûr, si l’on s’en tient aux déclarations du président Ibrahim Boubacar Kéita (IBK) pour qui, nul n’est au-dessus de la loi. Tout porte donc à croire que le président IBK, qui a sonné la fin de l’impunité, va se donner les moyens de faire toute la lumière sur cette affaire, avec ou sans le juge Karembé dont il faut saluer au passage le courage, la témérité et la détermination, lui qui a déjà fait l’objet de menaces dans la gestion du dossier.

S’IL EST SI SÛR DE SON INNOCENCE, QU’IL LAISSE LA PROCÉDURE ALLER JUSQU’À SON TERME

A la vérité, le juge Karembé en sait beaucoup plus que quiconque dans cette affaire, et c’est cette bonne maîtrise du dossier qui lui permet d’avancer. Et Sanogo, voyant venir d’autres tuiles sur sa tête avec l’affaire de la mutinerie de septembre 2013 où il n’a pas fait dans la dentelle en réprimant certains de ses proches qui s’étaient retournés contre lui, veut prendre les devants en poussant des cris d’orfraie contre le juge Karembé qui a hérité de cet autre dossier brûlant.

Mais s’il croit s’en tirer à bon compte et à peu de frais, il se trompe lourdement parce que les Maliens attendent de connaître toute la vérité dans ces différentes affaires. En fait, la véritable question, de loin la plus importante, ce sont les faits et non la personne du juge Karembé. Sanogo est-il oui ou non coupable des faits « d’enlèvement, de crime, d’assassinat et complicité d’assassinat » qui lui sont reprochés dans l’affaire dite des bérets rouges ? A-t-il, oui ou non, froidement assassiné ou fait assassiner des soldats maliens ? Ce sont autant de questions auxquelles la défense devrait tenter de répondre. Si l’ex-capitaine comptait dormir impunément sur les cadavres de ses ex-compagnons d’armes, il aurait tout faux !

Au demeurant, s’il est si sûr de son innocence, qu’il laisse la procédure aller jusqu’à son terme, d’autant plus qu’il n’appartient pas au magistrat instructeur de le condamner. Lui ne fait qu’instruire à charge et à décharge. Le moment venu, ses avocats auront tout le loisir de faire la preuve qu’il a été injustement accusé dans cette affaire. Il n’en sortirait que plus grandi. Mais à force de se plaindre de tout, il risque de se ridiculiser aux yeux de bien des Maliens et de convaincre les plus incrédules qu’il n’a pas la conscience tranquille. De toute façon, les différents charniers et autres découvertes macabres dans son ex-QG de Kati ne sont pas des inventions du juge Karembé.

En attendant de savoir la suite que les autorités judiciaires maliennes donneront à cette requête de la défense, l’on peut dire que les avocats de Sanogo se trompent de combat. Car le plus important, ce sont les faits.

Outélé KEITA

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